
Photos prises pendant le concert à
l’Empreinte, Savigny-le-Temple
|
LUKE Les enfants de Saturne (2007)
Si le titre de la onzième chanson qui donne son titre à l’album fait référence à ceux que la dépression emprisonne et que les propos sont tantôt sombres, «
Dans mon pays le bleu est
noir » («
Le pays »), tantôt le reflet d’incertitudes (voire en particulier les nombreuses interrogations de «
La nuit et le jour »), l’album est en fait une recharge
d’énergie, parfois de rage, qui transcende ce mal être, ce désespoir et le conjure grâce à une force et une puissance que l’on trouve aussi bien dans les scansions cathartiques de «
Je suis
Cuba », dans le rythme enlevé de «
Paradis rouges », ou dans les pulsations et la puissance de «
La terre ferme », un bijou à tout égard (clip à voir absolument !). Enfin, on
est loin, très loin des « artistes » pseudo-poètes pour qui l’écriture n’est pas un effort, pour qui écrire, c’est accumuler clichés et expressions figées, reflet d’une langue fade, sclérosée et
dépourvue d’imagination.
A ce titre, mention spéciale pour les textes de «
La transparente » et «
Le pays », admirablement servis par ailleurs par les arrangements.
Pour s’imprégner de LUKE ambiance concert, un CD vient de sortir: Stella EP Live (2008), dans lequel on retrouve des versions live de «
D’où vient le vent », «
Si tu veux », «
Stella » et acoustique de «
La transparente».
INTERVIEW
Propos recueillis par Mélanie Gély et Mehdi Trabelsi
Parcours ?
Thomas (chant, guitare) : Étude de comptabilité
Damien (basse) : Fac d’histoire
Romain (batterie) : Fac d’histoire
JP (guitare) : École de cinéma
Pour faire de la musique, chacun a eu besoin qu’on les y incite, que les gens les encouragent et les poussent.
Ils ont toujours entretenu un lien avec la musique, ils n’ont jamais pris la décision de faire de la musique mais elle s’est imposée par elle-même. Cependant c’est un domaine vulnérable, « vivre de
sa passion est une malédiction » (Thomas je crois). Avant tout il faut avoir des idées en tête, des projets mais il ne faut jamais espérer plus loin.
Romain a toujours vécu avec une batterie, il a eu ses premières baguettes à 3 ans. Un jour il a voulu quitter sa province pour monter à Paris, comme beaucoup d’artistes, pour se « tester
». Il s’est écoulé 5 ans entre son arrivée dans la capitale et l’album « La tête en arrière ». Il a toujours refusé de jouer dans des groupes de reprises, il avait une volonté de jouer avec un
groupe qui fait ses morceaux.
JP lui, s’est mis à la musique suite à des rencontres quand il était au collège, il ne savait pas jouer mais voulait faire partie d’un « groupe», il y voyait un côté mythique.
Thomas a toujours eu la musique en tête et une envie de communiquer grâce à elle, de poser des mots dessus.
Toutes les personnes qui réussissent ont essuyé beaucoup d’échecs au préalable. Ils essaient de garder en tête un esprit plus jeune, afin de ne pas oublier leurs premières inspirations, les groupes
qu’ils écoutaient vers 16/17 ans. Et surtout ne pas perdre ce pourquoi ils font de la musique. Le groupe repense continuellement sa musique. La remise en question est toujours nécessaire et
bénéfique.
Comment se sont-ils rencontrés ?
Par croisement ou par connaissance, mais la maison de disques n’y est pour rien. Leur histoire ne correspond pas au « mythe » souvent véhiculé de la bande de potes qui monte un groupe au lycée.
Pourquoi jouer à l’Empreinte ? Préférence pour les « petites » ou les grandes salles ?
Ils n’ont pas de règles établies. Les « petites » salles leur apportent plus de proximité et de communication avec le public, explique JP, qui constate que l’impulsion est plus vive. Quant aux
grandes salles, ils en ont fait selon eux que rarement, mais ils trouvent ça « marrant » (Damien).
Aparté
Le développement des antennes locales, des petites salles de concert s’est réalisé grâce à Jack Lang, ancien ministre de la culture sous Mitterrand.
Menace
Le statut de musicien n’a qu’une sécurité à court terme, emploi précaire, tout peut s’arrêter. Statut des intermittents constamment remis en cause par les gouvernements, ils renvoient la culture au
second plan. Il existe une lutte commerciale, au lieu de promouvoir les petites scènes, on met l’accent sur les grosses production dont le succès est déjà assuré.
Production ?
Ils n’ont pas beaucoup de temps pour ça. Ils consacrent d’abord leur temps à leur musique, parce qu’il faut en profiter « tant que l’éponge est pleine », surtout
avec la crise du disque ! Ils essaient de filer des coups de mains cela dit, comme dans le choix des premières parties par exemple. Ils n’ont pas l’ambition de former leur label.
Presse
Le groupe ne se reconnaît souvent pas en lisant les interviews qu’ils ont donnés, leur propos sont souvent coupés, interprétés ou modifiés. Damien explique qu’ils ne se reconnaissent pas dans ce
qu’ils lisent.
Clin d’oeil à un journaliste qu’ils apprécient : Olivier Nuc.
Ils sont toujours comparés à d’autres groupes, « comparaison n’est pas raison » (Thomas je crois ; [Damien plutôt, NDLR]). La presse cherche toujours à coller des étiquettes, à mettre les groupes
dans des cases préconçues.
A propos de la situation des journalistes
Clochardisation totale des réseaux de distribution, désert de la culture, les journalistes sont dans une situation dramatique, ils n’ont
pas assez de temps, ni d’argent.
Quelles questions n’aiment-t-ils pas avoir en interview ?

Photos prises pendant le concert à
l’Empreinte, Savigny-le-Temple
|
« Qu’est ce que vous diriez aux gens pour qu’ils viennent à vos concerts ? »
« Qu’est ce que vous pouvez dire de votre disque ? »
« Qu’est ce qui s’est passé depuis votre dernier album ? »
Ils ont aussi déjà été face à des journalistes n’ayant même pas écouté le disque. Résultat : litanie des questions. Quelle réaction ? «
On ferme sa gueule », «
Tu laisses faire ».
Ou «
On fait comme les hommes politiques, déclare JP.
On répond à côté. »
Ils détestent les interviews à charge, où ils sont forcés de se défendre. Ils estiment qu’il n’y a pas de défense à avoir lorsqu’on fait des choses. Seuls ceux qui ne font rien se défendent.
Certains journalistes n’ont pas le cran d’affirmer leur opinion lors des rencontres et ils leur arrivent d’avoir de mauvaises surprises en lisant les articles.
Ils doivent faire face à de nombreux a priori. Si on passe à la radio, qu’on produit un clip, on est catalogué comme « star », c’est à dire grosse tête, musique commerciale ou encore insinuation de
piston.
Pourquoi écrire en français ?
Création d’une autofiction, c’est leur langue de vie, d’expression. Tandis que l’anglais leur
apparaît plus superficiel, plus théâtralisé, ce n’est pas du tout le même mode d’écriture.
L’impulsion d’un nouvel album vient de la scène, elle constitue également une finalité une fois l’album enregistré.
L’enregistrement de leur nouvel album «
Les enfants de Saturne » est proche du live, tous les musiciens jouaient dans la même pièce, donc cet album reste dans la lignée d’une tournée.
Combien de temps pour ce nouvel album ?
Quelques morceaux furent écrits durant la 1ère tournée. La confection a pris environ 1 an et demi. Lors de la sortie, l’album était déjà fini depuis 5 mois.
La scène : le public, l’impulsion
Sur la tournée, l’équipe compte 10 personnes, ce qui crée des habitudes, un côté « famille ».
Eux 4 sont la partie émergée, mais il y a des gens très importants derrière.
Après les concerts, ils ne rencontrent pas souvent les fans, mais ils essaient. En effet, Thomas, le chanteur, a les cordes vocales fragiles, suite aux concerts. Pour ce qui est du public
d’ailleurs, ils estiment que la prise de photos durant les concerts est une perte de l’instant, cela enlève la magie.
Une setlist fixe ou changeante en fonction des salles?
Sur scène ils continuent à jouer certains morceaux du 1er album «
La tête en arrière ». Mais ils chantent aussi toutes les chansons du nouvel album.