Marie-Olympe : Tu es originaire de Nice. Pourquoi as-tu quitté cette ville ?
Medi : C’était il y a longtemps déjà. J’avais dix-huit ans quand je suis parti. J’en ai trente-deux aujourd’hui. Je suis parti parce qu’en fait c’était essentiel pour moi d’aller voir ce qui se
passait ailleurs, du côté musical surtout, même si j’ai appris des tonnes de trucs à Nice qui me servent encore aujourd’hui, qui me servent tous les jours parce qu’il y a plein de musique dans
cette ville. C’est une ville qui a une mauvaise image quand on entend un peu tout ce qu’on en dit mais ce n’est pas ce que j’ai vécu moi là-bas. Pour moi, c’était vraiment les concerts dans les
bars depuis tout petit. Malgré tout ça, j’avais envie d’aller voir un peu ce qui se passait du côté de l’Angleterre et apprendre à écrire des chansons. Je suis parti de Nice pour écrire des
chansons mais j’y reviens tout le temps.
Mélanie : J’ai vu que tu étais rentré tôt au Conservatoire. Tu as commencé par la batterie ?
Medi : Ouais, ouais, c’était en batterie. Je ne me rappelle même plus comment ça s’est fait parce que j’étais vraiment tout petit. Mes parents m’ont dit qu’ils m’avaient offert une batterie, qui
était un jouet, et j’ai tapé dessus tous les jours et du coup, ils ont décidé de me mettre au Conservatoire. Mais j’ai été chanceux parce que le niveau du Conservatoire à Nice est super bon et il
y a une grande tradition du jazz et de batteurs à Nice. Et j’ai appris avec la famille Ceccarelli.
Marie Ranieri : Il y a un festival de jazz réputé…
Medi : Ouais, c’est ça. Donc quand on était petits, on allait au festival. Donc du coup, le Conservatoire, ça a été un peu ma deuxième école. J’étais au Conservatoire tous les jours. J’y allais
en sortant des cours, de sept ans à dix-huit ans.
Marie Ranieri : Mais quand tu étais jeune, est-ce que tu as hésité entre la musique et autre chose ?
Medi : Ouais, comme tout le monde, quand on veut faire comme les copains ou dire comme les copains, « je veux être vétérinaire ». Non mais je crois que j’ai toujours su que j’allais faire de la
musique. Après, à un moment donné, je faisais plein de sport. Mais il fallait être trop sérieux.
Mélanie : Tu joues de combien d’instruments ?
Medi : En tout cas sur le disque, je joue de la basse, de la batterie, de la guitare, du clavier…
Marie Ranieri : C’est toi qui joue tous les instruments, non ?
Medi : Ouais, presque. Après on a quand même invité des musiciens que je ne connaissais pas mais c’est le producteur Tony Berg qui avait très envie que l’on fasse venir un gars qui joue de
l’orgue Hammond et ça, c’est un vrai instrument. Les mecs qui jouent de l’orgue Hammond disent qu’ils ne jouent que ça, et même pas vraiment du piano. J’adore le son de cet instrument et on a
appelé un mec qui s’appelle Mike Finnigan. C’est le gars qui a joué avec Hendrix sur des trucs énormes.
Marie Ranieri : Et donc ça, c’est l’idée du réalisateur ?
Medi : Ouais. C’est tout l’intérêt du réalisateur. Ils sont là justement pour t’apporter des idées que t’as pas eu et j’ai été hyper bien loti avec Tony Berg. C’est un vrai musicien qui a fait
des tonnes de trucs. Il m’a donné quelques petites idées comme ça, des idées de pistes qui m’ont vraiment plu.
Dharvin : J’aurais voulu savoir quels styles musicaux t’ont inspiré.
Medi : Il y en a eu plein. Ça dépend des périodes. Quand j’étais vraiment tout petit, ce n’était que du rythm-and-blues et du vieux blues traditionnel. Je n’écoutais que ça. J’ai l’impression que
l’on ne choisit pas vraiment ce que l’on écoute quand on est petits. C’est mes parents qui écoutaient ça, et donc du coup j’ai été baigné dans Dylan, James Taylor, des anciens hippies.
Marie Ranieri : Et dans les batteurs que tu aimais bien, qui t’inspiraient…
Medi : Pour les batteurs, c’était John Bonham de Led Zep. C’est le premier groupe que j’ai entendu et qui m’a vraiment donné envie d’être dans un groupe et de jouer fort, de la musique très
forte. Mais sinon, il y en a plein d’autres. Il y a Mitch Mitchell aussi, le batteur d’Hendrix. Il y en a plein. Mais pour les genres musicaux, comme je suis quelqu’un d’assez éclectique, je ne
me suis jamais arrêté à une seule musique et c’est ce que j’essaie de faire aujourd’hui. C’est vraiment de mélanger un peu tout ce que j’ai écouté. Quand j’ai habité en Angleterre pendant sept
ans, là-bas, c’était la BritPop à fond. J’écoutais Blur à fond, j’écoutais évidemment les Beatles comme tout le monde, et tous ces trucs-là. Et puis, je suis revenu vers Stevie Wonder plus tard.
J’écoutais de l’electro aussi. Je ne mets aucune barrière.
Marie Ranieri : Et dans les artistes français ?
Medi : Il n’y a presque personne… Presque personne parce que je ne vais pas faire semblant déjà… Enfin si, comme tout le monde, Gainsbourg. Mais c’est vrai que je suis quelqu’un qui n’a pas
beaucoup écouté de musique française, de la musique d’aujourd’hui en tout cas. J’ai écouté Brel et Léo Ferré et tout ça et je suis resté un peu scotché sur ce genre d’époque-là. Mais depuis, je
dois avouer que je suis allé ailleurs.
Marie-Olympe : Comme s’est créé le « Medicine Show » ?
Medi : C’est un faux nom de groupe. C’était « Medi and the Medicine Show » parce que je jouais déjà de tous les instruments sur mes enregistrements. Donc du coup, j’étais déjà mon propre groupe.
Mais après pas mal de soirées passées dans les bars à trois heures du matin à essayer de dire « Medi and the Medicine Show », après quelques bières, c’était trop compliqué et j’ai décidé
d’arrêter. Et maintenant, ce n’est que Medi, c’est plus simple. Et les gens le retiennent mieux. En fait, j’avais comme un truc : je trouvais que mon prénom n’était pas cool quand j’étais petit.
On ne peut pas s’appeler Medi et faire de la musique. Et en fait, voilà, je me suis débarrassé de ça. En plus quand j’étais petit, il y avait plein de gens qui me sortaient des trucs un peu
bizarres : « Tu dois faire du raï, non ? » Non, je ne fais pas de raï. Du coup, j’ai anglicisé mon nom et puis là, à trente ans, on se prend moins la tête et on laisse les gens dire ce qu’ils
veulent.
Marie Ranieri : Et d’où vient le nom « Medicine Show » ? Qui a eu l’idée ?
Medi : En fait, les Medicine Shows, c’étaient des groupes de charlatans aux Etats-Unis qui vendaient des élixirs. Je ne sais pas si vous voyez dans les « Lucky Luke ». Donc, c’était juste pour
faire appel à ces références que j’ai aussi dans la musique traditionnelle comme le blues…
Marie Ranieri : C’est marrant parce que Medicine, ça commence par Medi justement…
Medi : Oui, bein c’est pour ça ! Comme j’étais mon propre groupe… Mais voilà, là, vous avez compris ce que 95% de gens n’ont pas compris.
Mélanie : Comment tu as rencontré Charlie Winston ?
Medi : À Nice, quand j’avais seize ans.
Mélanie : Tu en parles beaucoup…
Medi : Bein ouais, j’ai la chance d’avoir des potes comme ça qui ont tous évolué dans le bon sens. J’ai grandi dans une communauté de musiciens un peu internationale et encore une fois le Vieux
Nice pour moi, c’était un peu ce lieu où tout le monde se rencontrait et on jouait toute la journée, tous les soirs et donc il y avait des Anglais qui passaient par là et qui venaient de temps en
temps jouer une semaine dans un bar pour gagner de l’argent, aller au soleil et rencontrer des jolies filles. Et on s’est tous rencontrés à cette époque-là. Il y avait Vasco aussi, qui est
quelqu’un avec qui j’écris beaucoup de chansons. Dave Stewart, aussi avec qui j’ai fait mon premier disque, je l’ai rencontré à Nice. Donc, c’est un peu eux les raisons qui ont fait que je suis
parti à Londres. Et avec Charlie, on a été potes et on a partagé plein d’influences mais on n’a jamais vraiment bossé ensemble jusqu’à il y a quatre ans où il se baladait dans les rues de Paris
par hasard et je suis retombé sur lui. Moi, je m’étais barré de Londres. Cela faisait peut-être un ou deux ans que j’habitais à Paris et lui, il se faisait un voyage en Europe et il était à Paris
pour son stop prévu et finalement son stop en France a été assez important puisqu’il n’est pas reparti. Et là, on s’est dit qu’on allait faire de la musique ensemble et monter des projets. On
avait chacun nos groupes mais on avait envie justement d’aller plus vers un esprit communautaire. On partage plein de choses comme ça avec Charlie, avec son frère Tom Baxter, avec Vasco, avec
Michael Rault. On est vraiment une bande de potes avec le Niçois Jil Is Lucky aussi.
Marie Ranieri : Quand tu es batteur de Charlie Winston, c’est de la collaboration aussi ? Ce n’est pas juste tu fais ce qu’on te dit ?
Medi : Oui, on fait de la musique ensemble. Là, on a fait le deuxième ensemble. On arrange surtout avec Charlie. Après, c’est lui qui écrit ses chansons. On est un groupe en fait, on est un vrai
groupe depuis le premier album. Et puis en plus quand on a la chance d’avoir un disque qui a aussi bien marché et qu’on sait qu’on l’a fait ensemble, on se dit peut-être qu’il y a un petit son
qu’on fait tous les quatre qui fait que ça fonctionne.
Mélanie : Vous ne voulez pas former un vrai groupe ?
Medi : Encore une fois, moi, je n’ai pas besoin d’avoir le nom de groupe pour me sentir impliqué dans quelque chose. C’est une histoire d’ego. Déjà les disques qu’on fait comme ça avec lui et moi
en tant que batteur, comme je suis aussi chanteur, il n’y a jamais une chanson qui se fait sans mon avis, donc on est vraiment un groupe. Mais, sinon, pour un vrai groupe, il faudrait peut-être
une chanson avant un disque. On en a fait mais c’est pour rigoler.
Marie Ranieri : Mais, comment cela va-t-il se passer puisqu’il sort son album en novembre ? Est-ce que tu l’accompagnes parce que tu as ta tournée à toi déjà ?
Medi : Je l’accompagne.
Marie Ranieri : Donc, tu vas faire les deux ?
Medi : Ouais, je vais faire les deux.
Marie Ranieri et Mélanie : Courage alors !
Medi : Je ne sais pas. On ne se rend pas compte. Mais après, j’ai vraiment tendance à m’emmerder si je ne fais rien donc plus j’ai de projets musicaux comme ça et mieux je me porte. Mais, c’est
vrai que l’année va être bien chaude. [rires]
Dharvin : Est-ce que c’est difficile de passer de musicien à chanteur ?
Medi : Oui, c’est vrai, ce n’est pas le même exercice.
Marie Ranieri : Ce n’est pas la même attitude vis-à-vis du public. Derrière la batterie, on est plus protégé.
Medi : Ouais, c’est ça, voilà. Mais en fait, après des années, je suis à l’aise, je ne me pose plus autant de questions. Tu m’aurais posé la question il y a dix ans, j’étais encore un peu plus en
train de chercher. Je ne savais même pas si j’étais batteur mais maintenant j’ai compris que j’étais tout à la fois. C’est une question d’identité. Moi, je n’ai pas trop de mal à passer de l’un à
l’autre. Mais on a plus les boules quand on est chanteur.
Marie-Olympe : Le titre de ton dernier album, « You Got Me (Moving) », a-t-il une signification particulière ?
Medi : Ouais il en a deux. C’est pour ça que j’ai mis le « moving » entre parenthèses. Bein déjà, c’est un disque que je voulais plein de swing. Je voulais que des gens se mettent à danser tout
simplement en écoutant ma musique. Et le fait de mettre le « moving » entre parenthèses, c’est aussi une histoire de sentiments, tout ce qui a pu bouger dans les entrailles des uns et des autres,
dans le bon comme dans le mauvais sens.
Mélanie : D’ailleurs, tu dis souvent « you » dans tes chansons. Tu t’adresses à quelqu’un en particulier ?
Medi : Y a des fois où c’est adressé à quelqu’un en particulier. Mais j’aime bien garder mes petits secrets sur ça. Ce n’est pas que ma vie à 100%. Des fois, je prends des sujets qui ne me sont
vraiment pas arrivés. J’entends un pote parler de quelque chose et je vais écrire une chanson pour lui. Des fois, je vole des idées aux autres. Par exemple, « I Know What You Did » : j’ai volé
l’idée à un mec qui criait dans un parc à Londres, un gars que je ne connaissais pas et qui hurlait ça au téléphone je ne sais pas sur qui, peut-être à un autre mec ou sa nana. Mais pendant cinq
minutes, il a hurlé ça au téléphone. Et moi j’étais tellement curieux de savoir ce que la personne avait pu faire. J’étais déçu parce que je n’ai jamais compris ce que la personne avait fait et
donc du coup j’ai fait une chanson sur la paranoïa. Ce moment-là, où on voit la personne rentrer à la maison, et on dit à la personne, « Ah toi, je sais ce que tu as fait » et on a aucun argument
qui le prouve. Donc, c’est pas toujours mes histoires. Mais il y en a qui sont beaucoup plus personnelles pour différentes raisons mais j’aime bien laisser le doute. J’espère toujours que ça peut
être l’histoire des autres et pas que la mienne.
Marie-Olympe : Tu peux nous parler de ton label Atmosphériques ?
Medi : C’est un super label vraiment ! Y a un truc qui est marrant. Moi, j’ai toujours entendu chez les musiciens, « Ah les maisons de disque !» J’ai toujours été fan de l’époque où les choses se
faisaient en équipe, que ce soit sur les disques et après, les vieux labels comme Motown ou Magic Records. J’étais fan de ça et j’avais toujours en tête qu’un jour je trouverai ce genre de
labels-là et je l’ai trouvé avec Atmosphériques. Mais c’est vrai que les temps sont durs pour trouver un bon label aujourd’hui qui soit humain.
Marie Ranieri : En tout cas, ils mettent particulièrement en avant leurs artistes avec de nombreuses vidéos sur youtube.
Medi : Ouais, et puis quand Marc Thonon, le patron de la maison de disque, c’est le DA, le directeur artistique d’Atmosphériques, quand il a décidé de suivre quelqu’un, il le suit pour des
années. Même si après par la force des choses il va s’arrêter de bosser avec tel ou tel artiste, je le vois tout le temps encore s’occuper de savoir ce qui se passe chez Gaëtan Roussel ou Louise
Attaque. C’est lui qui a commencé avec Louise Attaque. Même s’ils ne bossent plus dans le même label, il reste encore très fidèle et pour un artiste c’est hyper-important.
Marie Ranieri : On ressent dans les vidéos qu’ils mettent en ligne une sincère admiration pour leurs artistes. Ils vous suivent beaucoup. Je pense au clip tourné dans une voiture où
tu chantes « You Got Me (Moving) »…
Medi : Bein en fait, pour le coup, ça s’était mon idée. C’est moi qui aie demandé à ce qu’on ait un réalisateur qui vienne tout filmer ce que l’on faisait à Los Angeles. Et ce qui est bien
justement, quand on a un bon label comme Atmosphériques, quand on a des idées, on leur en parle et la plupart des temps ils vont te suivre et c’est vachement important. On est quand même là à
donner une grande partie de soi-même.
Marie Ranieri : On sent que les liens sont proches, que l’on n’est pas dans une entreprise purement commerciale…
Medi : Ouais, ouais, complètement. C’est un petit label qui a un savoir-faire depuis longtemps.
Marie Ranieri : Oui, on sent que l’artistique prime. Justement, je voudrais revenir sur tes chansons. Plusieurs chansons commencent directement avec ta voix, sans intro instrumentale.
Je voulais savoir si cela venait de toi ou si c’était une idée de Tony Berg.
Medi : J’ai parfois une mémoire qui laisse à désirer. J’essaie de me rappeler… Par exemple, « How Would You Do It », c’était une idée à moi parce que j’essaie toujours de chercher l’originalité
dans les choses les plus simples. D’habitude, il y a toujours une intro et je pense que la voix peut-être un gimmick.
Marie Ranieri : Mais c’est vraiment caractéristique puisque cela est récurrent sur les premières chansons de l’album.
Medi : Ouais ouais mais c’est un disque qu’on a monté autour de la batterie et de la voix essentiellement. Et on s’est dit que ce n’était peut-être pas une mauvaise idée au lieu d’avoir une
grande intro de guitare, qu’on ait juste la voix, qui soit le hook comme on dit.
Marie Ranieri : Justement, à propos de « How Would You Do It », moi, ça me fait penser à « La Fièvre du Samedi Soir.»
Medi : [rires] Ouais ouais c’est cool ça.
Marie Ranieri : J’écoute cette chanson et j’ai l’impression que la chanson fait partie de la BO du film…
Medi : C’est marrant. C’est le côté dancefloor ?
Marie Ranieri : Oui, c’est ça en fait.
Medi : Bein, ça me va tout à fait.
Marie Ranieri : Moi, je vois Travolta en train de danser.
Medi : Bein c’est super.
Marie Ranieri : C’est la première fois qu’on te le dit ?
Medi : Ouais.
Marie Ranieri : [rires] Peut-être que la référence n’est pas bonne si c’est la première fois qu’on te le dit…
Medi : Non, mais elle est bien. J’aime bien ta référence. En même temps, je suis quelqu’un qui sort beaucoup et qui aime bien faire la fête. Et quand je suis dans un bar et que j’entends tout à
coup « How Would You Do It » et que je vois les gens danser, je suis content car c’est exactement ça que je voulais faire, avec ce genre de musique en plus.
Dharvin : C’est un style très années 70 en fait, autant pour la musique que les photos de l’album.
Medi : C’est inspiré mais en même temps, il y a un mélange en fait. On parle des années 70, mais tu vois dans les clips des années 70, il n’y avait pas de techniques 3D comme on a mis derrière
moi par exemple. Je m’inspire toujours d’une époque donnée, d’un moment mais je n’essaie pas de faire un pastiche parce que ça, ça me fait un peu peur tu vois. Quand tu recrées complètement ce
qui s’est déjà fait avant, pour moi, ça n’a aucun intérêt. Par exemple dans « How Would You Do It », la chanson au départ, elle existait d’une certaine manière mais la batterie ne me plaisait pas
et donc à la place de jouer de la batterie, j’ai pris une machine un peu comme dans les disques électro. Ça s’entend un peu. Donc là pour le coup, c’est une machine. Et dans les années 70,
c’était pas très vintage. Ces trucs-là, ça ne se faisait pas beaucoup. Donc, il y a toujours un mélange un peu plus subtil j’espère.
Dharvin : Et les photos ? Qui est le photographe ?
Medi : C’est une fille qui s’appelle Maëlle André. C’est une Belge. Elle est de Bruxelles. J’ai vu son travail sur le net et il se trouvait que j’avais une copine que j’ai reconnue sur certaines
de ses photos donc je suis rentré en contact avec elle et on l’a faite venir à Los Angeles parce que j’étais là-bas. Et la nana est arrivée, elle avait vingt, vingt-et-un ans. C’était son premier
boulot. Je trouvais ça génial, cette espèce de rencontre. Encore une fois, quand t’es à Atmosphériques, tu vois cette fille, elle n’avait jamais fait de boulot et ils disent oui tout de suite et
c’est génial parce que tout le monde m’a parlé de ces photos. Elle a une touche qui est très reconnaissable. Et d’ailleurs, il faudrait aller voir parce que maintenant elle a fait plein d’autres
trucs. Je crois que son site, c’est maelleandre.com.
Mélanie : Et par rapport à la tournée, est-ce qu’il y a une salle que tu espères faire, que tu vises comme objectif?
Medi : Une salle ? Ouais, mais en fait, je ne sais pas si je vais y arriver. Quand j’étais petit, je regardais à fond le concert de Led Zep au Madison Square Garden, à New York.
Marie Ranieri : [rires] Nous, on pensait à la France…
Medi : Oauis, mais en France, j’ai fait presque toutes les salles que ce soit pour ma musique ou pour accompagner. Là, je fais référence à des rêves d’enfant. Quand j’étais enfant, je regardais
le concert de Led Zep pendant trois heures d’affilée. Et je me souviens même des délires que je faisais. Je me disais, « je suis sûr que c’est mon père là-bas, Robert Plant ». Parce qu’ils
avaient à peu près la même gueule quand ils étaient jeunes avec des cheveux bien longs et tout. Je me disais, « putain, c’est mon père et il ne me l’a pas dit ». J’étais déçu quand mon père m’a
dit, « je te promets, ce n’est pas moi ». Là, j’avais neuf-dix ans. Donc, ce fameux live, il est au Madison Square Garden. C’est un rêve d’enfant et je ne sais pas si je vais y arriver.
Mélanie : Je crois que tu as fait les cœurs d’U2. Est-ce que ça t’a aidé pour la suite ?
Medi : Non, juste pour raconter des histoires. C’était une époque où j’étais un peu… enfin Dave Stewart m’avais pris sous son aile. Dave Stewart, c’est le mec d’Eurythmics. J’avais vingt ans et
ce qui était cool, c’est qu’il me faisait faire plein de choses en Angleterre avec plein de gens super connus mais en me rappelant que c'était rien tout ça, que le plus important c’était d’écrire
des chansons et qu'un jour je trouverais ma propre identité, mon son. En tout cas, c’est un mec qui a été super proche de moi au début. Après, c’est comme tout, il y a une distance. Mais les
trucs que j’ai fait avec U2, c'était vraiment incroyable pour le côté conte de fée. Mais c’est peut-être en fait une des fois où j’ai le moins chanté dans ma vie : j'ai dû faire deux "Ah ah ah",
deux "Ouh ouh ouh" sur scène. Mais par contre, j’ai appris beaucoup en les regardant. Quand je regardais The Edge faire son son, je regardais ses pédales. C’est génial de pouvoir être là, aussi
proche de gars qui ont inventé des tonnes de choses. J’ai eu de la chance d’avoir eu autour de moi des gens qui m’ont rappelé qu’il faut rester humble, les pieds sur terre et bosser.
Marie Ranieri : Pour revenir sur la Californie et New York, tout à l’heure tu parlais du Madison Square Garden, est-ce que tu as songé à t’installer aux Etats-Unis ? Quand on chante
en anglais, on y pense parfois, non ?
Medi : Bein, moi j’ai vécu sept ans à Londres et ça me fait du bien d’être en France un peu. Et puis, on voyage tellement facilement aujourd’hui. Je passe déjà quatre-cinq mois de l’année à Los
Angeles depuis trois ans et je ne crois pas que je pourrais vivre à 100% dans ce pays parce qu’il y a quand même des choses qui m’emmerdent tous les jours. Il y a des choses incroyables mais
après tu tournes la tête et tu vois un truc et tu te dis, non ce n’est pas possible que la connerie existe autant. Donc, du coup, je ne ressens plus le besoin de m’installer à fond quelque part
parce qu’en plus, je suis sûr que si je me mets à Los Angeles, j’en aurai ras-le-bol et je me dirais, là, maintenant, c’est Berlin. Non, maintenant, je suis sur Paris et c’est bien.