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Margot Lusson : Pourquoi est-ce que vous avez choisi un décor assez urbain pour la pochette de votre précédent album et l’affiche de cette tournée ?
Jena Lee : Tu trouves ça urbain, toi ?
Margot Lusson et Marie Ranieri : Oui, l’arrière-plan ! Toutes ces tours de nuit…
Jena Lee : Moi, j’trouve pas ça urbain en fait. C’est peut-être parce que c’est un mec de l’urbain, un mec qui a travaillé sur de l’urbain qui a fait ça. Il s’occupe de tous les rappeurs, donc
c’est peut-être ça le côté urbain que vous avez perçu. Moi, j’le vois pas. Moi, je regarde que moi aussi sur l’affiche ! (rires)
Elodie Schneberger : Quels sont les artistes avec lesquels vous aimeriez collaborer ?
Jena Lee : Y en a beaucoup dans les internationaux : Justin Timberlake et Britney Spears. Pas pour faire des duos mais au-moins pour écrire des chansons ou des trucs comme ça.
Marie Ranieri : Du coup, vous le feriez en anglais…
Jena Lee : Ouais…
Marie Ranieri : Vous ne chantez pas en anglais…
Jena Lee : Si en secret. (rires) Personne ne le sait. (rires) Non, c’est vrai que j’écris aussi des chansons en anglais. C’est pour d’autres projets. Pour des collaborations, Justin Timberlake et
Britney Spears, ce sont les premiers qui me viennent en tête. Après, il y a un compositeur qui s’appelle Max Martin et lui, je veux vraiment bosser avec lui.
Marie Ranieri : Et vous y pensez à l’anglais ?
Jena Lee : Ça trotte toujours ans la tête d’un artiste français. (rires) Une carrière internationale, ça fait toujours rêver. Mais y a personne qu’a vraiment réussi à vraiment marcher en tant que
Français à l’international.
Marie Ranieri : Vous pensez que c’est trop risqué de toute façon ?
Jena Lee : C’est risqué, ouais. Faut vraiment avoir ce côté- je pense qu’il faut vraiment vivre aux Etats-Unis pour vraiment d’imprégner de ce côté américain parce que les Américains sont super
pros. Il faut avoir du potentiel et je crois pas que je l’ai encore.
Sarah Cigdem : Je voulais quels sont les artistes qui vous influencent le plus.
Jena Lee : Bein, Justin Timberlake et Britney Spears, mais c’est surtout Max Martin, le compositeur dont j’ai parlé tout à l’heure qui a fait tous les derniers tubes de tout le monde : le dernier
Usher, le dernier Britney Spears… C’est un génie pour moi ! (rires)
Johanna Gagnol : Et comment définissez-vous l’Emo RnB ?
Jena Lee : J’ai voulu appeler mon style Emo RnB parce que je ne voulais qu’on me mette tout simplement dans la case RnB. Emo, ça veut tout simplement dire Emotional. Ça veut pas dire « emocore ».
Chépa si vous connaissez le punk un peu. On m’a souvent fait le rapprochement mais pas du tout. Je ne fais pas d’emocore. Voilà, moi, je fais du Emotional RnB. C’est juste pour me différencier.
Moi, j’aime beaucoup les guitares.
Margot Lusson: Vous jouez de la guitare ?
Jena Lee : Non, j’essaie… J’es-saie d’apprendre ! (rires)
Margot Lusson : Vous avez appris la musique en autodidacte ?
Jena Lee : J’ai fait beaucoup de violon et de solfège… Sept ans de violon. Mais c’est vrai qu’après j’ai oublié les notes en fait. Je ne me basais plus sur les notes. Je faisais vraiment à
l’oreille et pendant des années, j’ai fait tout le temps à l’oreille et donc là je ne regarde plus les notes.
Margot Lusson : Vos textes sont assez sombres. Même dans les clips, c’est plutôt des couleurs obscures. Pourquoi ce choix ?
Jena Lee Parce que j’aime bien tout ce qui est mélancolique un peu. J’ai beaucoup plus de facilité pour faire des mélodies mélancoliques et pour écrire des textes tristes que des textes « happy
». Je me suis forcée genre « US Boy », c’est un peu plus drôle, un peu plus second degré. Mais c’est vrai que j’ai beaucoup plus de facilité, c’est plus moi en fait le côté triste.
Marie Ranieri : C’est drôle parce que Britney Spears, c’est pas très-
Jena Lee : Bein justement c’est pour ça. J’ai vraiment cette culture pop US et j’ai un peu mon côté Linkin Park, Evanescence, ils vont se tirer une balle... (rires)
Elodie Schneberger : Justement dans ces chansons tristes comme «Redeviens toi-même », beaucoup abordent les questions d’identité-
Jena Lee : Oui, surtout dans le premier album. Dans le deuxième, il y a un peu plus de tout. Mais le premier album, c’est vraiment axé sur mon mal être adolescent et mon passé.
Margot Lusson : Et ça vous fait quoi de voir toutes ces jeunes filles habillées comme vous, transformées en mini-Jena Lee ?
Marie Ranieri : Parce que dans vos chansons vous critiquez ce clonage…
Jena Lee Je trouve que voilà, il faut qu’elles trouvent leur style et c’est dommage qu’elles prennent celui de quelqu’un d’autre…
Marie Ranieri : En même temps, c’est un honneur-
Jena Lee : Oui, en même temps, c’est super flatteur-
Marie Ranieri : C’est flatteur et flippant.
Jena Lee : Pas flippant. Pas flippant. C’est pas le mot. Non, je ne me permettrais pas. (rires) Flatteur et en même temps dommage. Dommage pour elles.
Johanna Gagnol : Vous connaissez des artistes qui se réclament du Emo RnB ?
Jena Lee : Non. Je pense que c’est un terme qui a été assez mal employé par les médias. C’est peut-être pour le côté emocore pour le coup parce qu’il y a beaucoup de remarques négatives. Je ne
suis pas « emo » voilà ! (rires)
Marie Ranieri : Vous n’avez pas des jeunes artistes qui vous envoient des compositions en vous disant-
Jena Lee : Ça arrive.
Marie Ranieri : Enfin, pas vous en vous imitant mais en s’inspirant de vous…
Jena Lee : Oui, mais ils ne vont pas l’appeler comme ça. De toute façon, beaucoup de gens le font. Rihanna, elle l’a fait. Elle met des guitares. Justin Timberlake l’a fait. Y a d’autres gens qui
savent mêler les guitares à l’urbain sans appeler ça Emo RnB. Moi, j’ai fait ça en France, parce que déjà comme ça, ça fait parler les médias (rires) et pour ne pas qu’on me mette dans la case
RnB, parce que ça, c’était sûr, c’était sûr…
Sarah Cigdem : C’est votre deuxième date à l’Empreinte. Ils avaient dû rajouter une date parce que le premier avait été rapidement complet…
Jena Lee : Oui, il y avait eu des réclamations parce que certains n’avaient pu avoir de billets…
Sarah Cigdem : Quel souvenir vous gardez du premier concert ?
Jena Lee : Je m’en souviens pas en fait… Je me souviens parfaitement de la salle. Mais le concert de ce soir sera meilleur. Je n’avais pas été très satisfaite de moi après le premier concert,
c’est ça en fait. Ça arrive… (rires)
Margot Lusson : Dans votre chanson « Le temps », vous évoquez beaucoup la peur de vieillir.
Jena Lee : Ah ouais, ouais.
Margot Lusson : Est-ce que ça reflète aussi la peur de perdre votre succès ?
Jena Lee : C’est très bien tourné. Euh… non.
Marie Ranieri : C’est plus part rapport au physique ?
Jena Lee : Euh…
Marie Ranieri : Euh, chépa. C’est vraiment un truc de filles en même temps.
Jena Lee : Ouais, c’est un truc de filles. Dans mes chansons, je me rajeunis. Mais, en même temps, je le fais inconsciemment. Mais la peur de perdre le succès, elle y est. Oui, j’ai peur.
Marie Ranieri : Est-ce qu’il n’y a pas aussi une crainte liée à une maturité musicale ? Déjà, entre votre premier et votre deuxième album : le premier abordait les questions
d’identité, le deuxième est plus ouvert. Il y a une évolution naturelle dans les thèmes abordés.
Jena Lee : Complètement ! Déjà, quand je regarde le premier album, ça ne me correspond plus. Même le deuxième. Quand je suis sur scène, je dis cette chanson-là, je ne veux plus la chanter. Je ne
ressens plus la même chose et c’est super dur parce que le public, lui, il attend les chansons ! (rires) De toute façon, tous les artistes ont ce problème-là.
Marie Ranieri : C’est le problème aussi quand on change de style. Par exemple, Jenifer avec son dernier album. Il n’a pas beaucoup marché. 30.000 ventes seulement.
Jena Lee : On peut perdre du public oui en changeant. Après, c’est un risque à prendre. À un moment, on fait le choix de faire ce que l’on aime ou ce qui plaît aux gens. Au début, on est obligés
de faire ce qui plaît aux gens, ça c’est le cas de beaucoup d’interprètes. Moi, c’est pas mon problème parce que j’aime bien ce que je fais. Mais pour beaucoup d’interprètes, on leur impose ce
qu’ils font.
Marie Ranieri : Vous vous réalisez vos propres albums.
Jena Lee : Oui, c’est ça. Donc, du coup, je n’ai pas ce problème là. Mais c’est le problème de beaucoup d’interprètes, on t’impose un truc et après au fur et à mesure, tu peux imposer ton style.
Le problème, c’est qu’en général, ça marche pas.
Sarah Cigdem : Vous avez un contrat avec Universal, une major-
Jena Lee : C’était un contrat pour deux albums, donc là je suis libre d’édition. Là, j’ai plus rien. On peut renégocier un contrat, du coup, on va mettre plusieurs maisons de disques en
concurrence. C’est comme ça que ça se passe en général.
Marie Ranieri : Et dès le début, vous aviez dit deux albums ?
Jena Lee : Bein, c’est eux qu’ont proposé. C’est pas moi. J’ai pris ce qu’ils m’ont donné. Déjà, c’était bien deux albums. C’est rare pour une artiste qui n’a rien fait vraiment.
Marie Ranieri : Et au niveau des contraintes, est-ce qu’il y avait des contraintes artistiques ?
Jena Lee : Zéro contrainte artistique.
Margot Lusson : Vous avez choisi quel single allaient sortir en premier?
Jena Lee : Ouais, on participe. On le fait tous ensemble. On fait des réunions. On se dit quel single serait le mieux, quelle chanson serait la plus belle à clipper aussi. Là, j’avais choisi « Je
rêve en enfer » au début. Malheureusement, avec le réalisateur, on en pouvait pas faire le clip ensemble, donc on a switché direct sur « US Boy ». Mais à la base, je voulais quand même commencer
le deuxième album par « Je rêve en enfer », donc j’étais un peu déçue.
Margot Lusson : Vous avez fait un duo avec Orelsan et Rohff. Comment ça s’est passé ?
Jena Lee : Orel, je l’ai connu avant qu’il soit connu et il m’a connu avant que je ne sois connue. On est devenus amis tout simplement. Je lui ai demandé un feat. Et il a accepté trois ans après.
J’ai attendu trois ans. (rires) Non, il m’a dit, il parle comme ça, « Je veux d’abord arriver avec ma musique, tu vois, Jena ! » (rires) Il voulait pas arriver avec moi, il voulait arriver seul.
Et pour Rohff, là, c’est lui qui a demandé ce featuring. Je ne connais rien à ce qu’il fait, à part la chanson « Faut pas déconner ». Donc, c’est mon manager qui m’a dit « accepte » parce que
c’est un des meilleurs rappeurs français. Là, je l’ai rencontré.
Marie Ranieri : Vous avez d’abord écouté quand même ?
Jena Lee : Non. Il m’a fait venir à son studio. Il m’a fait écouter plusieurs instru et m’a demandé, « laquelle tu préfères ? ». Après, il m’a raconté son histoire. Lanson porte sur un épisode de
son passé. Et j’étais là, il parlait de prison, des trucs de ouf, et moi, je viens de province, de ma ville de mille habitants et j’étais là, je le regarde et je fais, « on a pas du tout eu la
même vie ! » (rires) Ça l’a fait rire et du coup, on a écrit ensemble. Il écrit tellement bien, il écrit vraiment au feeling. Je l’ai vu travailler et c’était vraiment beau de voir quelqu’un
écrire direct super bien. Moi, il faut que je travaille, que je remodifie mais lui, c’est direct… Donc, belle rencontre.
Margot Lusson : Vous avez dit que vous n’écriviez que quand ça va mal, que c’était comme une thérapie en fait.
Jena Lee : C’est plus facile d’écrire- disons que, c’est pas que j’écris quand je ne vais pas bien, c’est que les plus belles choses que j’ai faites, c’est quand j’allais pas bien. « J’aimerais
tellement » par exemple, c’était après une rupture.
Sarah Cigdem : Qu’est-ce qu’il y a sur votre mp3 en ce moment ?
Jena Lee : Beaucoup de Backstreet Boys, de Jonas Brothers.
Marie Ranieri : Et les Français, vous en écoutez ?
Jena Lee : Non, pas tellement. Du Benjamin Biolay en français. Y a du Usher… Y a pas de vieilles chansons. C’est surtout des chansons actuelles en fait. Les vieux trucs, c’est surtout des
chansons des années 90 en fait, des boys bands. En ce moment, j’écoute beaucoup les Jonas Brothers. Je trouve qu’ils ont beaucoup de bonnes chansons sur
leur CD. J’ai pas aimé leurs albums de base, mais les albums des séries sont bien.
Johanna Gagnol : Plusieurs chansons du dernier album commencent par quelques notes de piano : « Mon ange », « J’oublie » et « En détresse ». Pourquoi ce choix ?
Jena Lee : Euh… pour une intro.
Marie Ranieri : Parce qu’il y en a plus que sur le premier album…
Jena Lee : Ah bon ? Quels titres encore ?
Johanna Gagnol : « Mon ange », « J’oublie » et « En détresse » et sur le premier album : « J’aimerais tellement » et « Banalité ».
Jena Lee : Je n’ai fait que l’instru de « Mon ange ». Pas des deux autres. Chépa, c’est un choix artistique. Non, c’est le réalisateur qui réalise, moi, je compose.