Interview d'Arnaud Joyet (voix, guitare, basse, clavier)
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Au lycée mais on était dans des classes différentes car on n'a pas tout à fait le même âge. On s'est rencontrés au théâtre d'improvisation organisé par le lycée de Trappes. On a même eu l'honneur
de jouer pour le gala du lycée. Notre groupe s'appelait White Spirit, on jouait du rock grunge. En 1991, on en a eu marre d'écrire en anglais alors on a créé le groupe Leitmotiv en 1992 puis les
Joyeux Urbains en 1994 en prenant nos deux noms (Arnaud Joyet et Emmanuel Urbanet).
Vous considérez-vous comme les deux leaders du groupe ?
" Leader " est un mot compliqué. Il n'y a pas trop de chef de groupe. Ce sont plus les gens extérieurs qui nous donnent le nom de leader. On a choisi ce nom là car il fait franchouillard. Mais le
fait d'être un groupe " festif " est devenu en quelque sorte péjoratif et est assez réducteur. On a tendance à faire rentrer les choses dans des cases. Si on est rigolo, on ne peut pas être
culturel. On ne peut pas commencer par faire de l'humour et vouloir faire de la culture après. Dans notre groupe, tout se fait de manière naturelle, il n'y a pas de débat. On va vers l'efficace, on
ne cherche malheureusement pas toujours l'intéressant. On cherche surtout à donner un objet divertissant.
Quelle serait votre recette de " l'efficace " ?
C'est une forme de facilité, de caricature. On rentre dans le chaud et on donne un point de vue simple et facile à comprendre. C'est un peu comme " Bienvenue chez les Chtis ". Quand on veut faire
plus fin, souvent ça plait moins. Le public préfère se marrer.
D'après vous, qu'est ce qui a fait votre succès ?
On a eu une ascension très naturelle. On a commencé par faire une cassette qu'on a envoyée dans des petits lieux. On a fait entre 10 et 15 concerts après la parution de la cassette. On a joué au
Printemps de Bourges en 1996 et 1997, on a fait une scène ouverte, joué dans la rue. A la suite du Printemps de Bourges, on a commencé à obtenir de faire des concerts un peu partout en France. On
sortait enfin des Yvelines et on y jouait même presque plus. On se vendait en province alors que notre département nous considérait toujours comme un groupe local. Pour eux, c'était bien sympa de
leur part de nous laisser jouer, enfin quelques lieux ne nous ont pas considérés comme ça…
Vous ne correspondiez peut-être pas à ce que voulaient écouter les habitants de Trappes…
Les médias manipulent les gens et donnent une certaine vision de Trappes. Trappes est très éclectique. On peut y entendre du rap, de la musique africaine, du funk, etc. Il n'y a pas de racisme
musical.
En 1999, vous avez obtenu le prix du public. Est-ce que vous vous y attendiez un peu ?
En fait, on a gagné le prix du jury et du public du Chorus des Hauts de Seine. Non, on ne s'y attendait pas du tout. On avait été repêchés. Le gars du Chorus nous aimait bien et un groupe s'était
désisté alors il nous a choisis à la place. On avait une date le jour de la finale mais, coup de bol, la date a été décalée au lendemain. Le soir de la finale, on dormait dans les loges, les
balances avaient été faites vite fait. Trois heures après, on avait les deux prix. Les concours dans tout ce qui est artistique, ça n'a pas de sens.
Est-ce à partir de ce moment là que vous avez été davantage connus du public ?
Il est difficile de quantifier, de savoir ce qui engendre quoi. Après avoir obtenu les prix, on a été " dragués " par une grosse maison de disques, qui nous a plantés. Et puis, est-ce que le but de
notre métier est le succès ? Non, c'est plutôt de tourner.
Vous avez l'air de bien vous entendre avec certains groupes…
Oui, c'est une sorte de grande famille sans avoir les inconvénients du show-business. On n'a pas besoin de faire semblant de s'aimer. On s'entend bien avec les Wriggles, les Blérots de R.A.V.E.L.,
La Crevette d'Acier, Débout sur le Zinc, Tryo , etc. On a commencé à peu près en même temps. Dans ces groupes, il y a des amis et des copains.
Qui écrit les textes des chansons ?
On est essentiellement deux à écrire les textes mais rien n'est fermé. Parfois, nous écrivons ensemble, Manu et moi, ou chacun de son côté.
D'où vient l'inspiration ?
Ce qui nous motive ? Il faut faire un spectacle. On cherche à retrouver la simplicité du début quand on écrivait sans se poser de questions. Mais je commence à faire abstraction de ce que demande
le public.
Comment qualifieriez-vous le nouveau spectacle ?
Il est très différent du dernier, les instruments sont différents. Avant, la mise en scène était très libre car on avait des casques. Maintenant, on est derrière des micros, comme dans des cages.
On répète pas mal dans la cave de Mathieu et à Granville, en Normandie. Le spectacle a été dur à monter. Il a été difficile de passer de Superlight à un spectacle où on reste derrière les micros.
On filme pour regarder ce que ça donne. C'est très traître.
Et puis, on récolte les avis mais on ne fait pas que de les écouter car sinon, on ne fait rien. Personne n'a le même avis.
D'où est venue l'idée de faire le clip des " Bras Ouverts " ?
Un fan nous a contactés et nous a envoyé un synopsis. Cela nous a plu. Depuis, il est devenu " Alex et sa guitare ".
Avez-vous des projets ?
On aimerait faire un disque et il y a aussi des projets individuels, des choix de vie, comme passer plus de temps avec ses enfants par exemple. Quant au projet de DVD, à la base, j'étais hyper
contre mais après coup, je reviens un peu sur ma décision.
Est-ce que vous choisissez vos salles de concerts ?
Non, on prend les dates comme elles viennent. On n'a pas encore le poids nécessaire pour décider de ce genre de choses. On joue beaucoup dans l'est en ce moment. Parfois, on a même joué chez des
gens. Avec Superlight, on a beaucoup tourné. On a fait 350 dates en moins de quatre ans. C'était une chouette expérience, se retrouver à jouer à La Cigale, au Trianon, au Point Virgule, etc. On a
fait la première partie des Wriggles à l'Olympia.
C'était un honneur. Et on a eu la chance d'avoir une standing ovation alors qu'on n'était qu'en première partie. Le 2 février 2002 est une soirée qui restera vraiment gravée dans ma mémoire. Il y
avait beaucoup d'émotions. Etre à l'Olympia, qui plus est, avec les Wriggles. On était encore jeunes. On ne voulait même plus se quitter avec les Wriggles après ce concert là.
Pensez-vous à un projet en commun ?
On a fait quelques chansons ensemble à l'Olympia. Faire un projet en commun demande que les deux groupes aient le même emploi du temps, ce qui est difficile actuellement. On fera sûrement des
choses ensemble après, quand on ne marchera plus trop.
Vous avez aussi fait le Zénith avec Tryo…
Oui, on a fait notre premier Zénith à Orléans avec Tryo en 2003, puis le Cabaret Sauvage, toujours avec eux, lors d'un concert mythique. C'était un honneur. On a aussi fait la tournée des 10 ans
ensemble. C'était la plus grosse audience, 9000 personnes. Et puis, Bénabar nous a offert le Zénith de Paris.
Et qu'avez-vous fait comme études ?
Manu a une maîtrise d'anglais, moi, j'ai fait musicologie. Mathieu était dans le textile après son Bac, puis, il a fait des études dans le son.
Comment avez-vous recruté votre batteur ?
Bernard nous avait parlé de lui. On n'avait pas envie de faire un casting. On l'a appelé, il est venu nous voir jouer et puis, on l'a pris. Il avait joué pour des grands.
Avez-vous pour projet d'allier musique et théâtre ?
Manu et moi, on a fait de l'improvisation théâtrale, et même du " vrai " théâtre. Il est toujours bon de mettre en scène et d'être sur scène pour comprendre l'autre. C'est toujours bien de
multiplier les expériences. J'écris même pour la télé. J'ai joué dans une comédie qui va passer sur France 4. J'ai aussi écrit un épisode de Caméra Café qui va sortir.
Et pour conclure ?
Globalement, on a eu de la chance et on en a encore.