Dharvin : Tu chantes depuis combien de temps ?
Ycare : J'ai commencé tard, j'ai commencé vers 16 ans et demi/ 17 ans à toucher une guitare sans chanter. Et ensuite quand j'ai su faire quatre accords, j'ai fait très peu de reprises. J'ai
commencé à mettre des mots sur ce que je savais faire et chanter. Mais j'ai jamais rien appris d'artistique.
Mélanie : Tout tes titres sont en français sur tes albums, donc je me demandais si tu faisais partie des artistes qui voulaient défendre et préserver la langue française ?
Ycare : Ouais c'est une priorité. Je n'ai rien contre l'anglais. J'ai fait toutes mes études en anglais. J'ai d'ailleurs fait mes trois dernières années d'Ecole de Commerce en anglais. Mais
préserver, car elle est un peu quelque part en danger, parce que notre manière de nous exprimer a évolué. C'est bien qu'une langue évolue, qu'elle vive, un peu comme le vin en se bonifiant mais
là ça va dans le sens contraire et les gamins arrivent en première avec d'énorme lacunes dans leur langue maternelle. Ils se débrouillent mieux en anglais, peut être aussi à cause d'internet ou
des films. J'en sais rien c'est bien de parler anglais. Si on ne veut pas que le français finisse comme le latin en option, en langue morte... Je ne m'érige pas en héros de la langue française,
je ne la manie pas à ce point bien, mais un minimum. Pas de fautes d'orthographes, c'est le minimum.
Mme Ranieri : Je voudrais savoir à propos du nom de scène "Ycare", d'ou est-ce que ça vient?
Ycare : Ça vient directement de la mythologie, de ce personnage faussement héroïque qui par orgueil n'a pas écouté son père, un peu comme moi, et a eu un destin tragique et fini dans la mer Egée.
C'est directement lié au mythe. Il est écrit avec un "Y" parce que dans la mythologie chinoise, quand on coupé la tête d'un dragon, une autre repoussait dans une espèce d'épopée bizarre et sur le
"I" de Icare une seconde tête a poussé.
Dharvin : Est-ce qu'il y a des chanteurs qui t'ont influencé ?
Ycare : Justin Bieber m'a beaucoup-(rires).. Non mais plus sérieusement, pour moi ça a été plus ma mère avant de dormir qui me chantait des chansons d'Aznavour, de Brel, des classiques,
Enrico Macias donc des trucs comme ça qui peuvent paraître un peu ringard aujourd’hui.
Mme Ranieri : Donc des artistes français ?
Ycare : Oui beaucoup de ça, Joe Dassin... Et sinon vers 14-15ans, je me suis mis à écouter Bob Marley, Radiohead, Muse, des trucs de ce style-là et ça n'a plus jamais arrêté. Après je me suis mis
à devenir un peu boulimique une fois étudiant à Montpellier et à écouter un peu de tout. Beaucoup de Reggae et de Roots où la langue anglaise est pour moi je pense la plus anoblie même si c'est
dans un patois anglais jamaïcain avec de belles images et de belles métaphores dans ce style de musique quoi.
Mélanie : À la télé, aux interviews, on te voit toujours avec beaucoup d'humour mais dans tes chansons, tout est souvent obscur et triste, donc je me demandais ce qui t’inspirait ?
Ycare : Je trouve que c'est d'utilité publique de faire des chansons tristes, non pas pour plomber l'ambiance des gens mais pour qu'ils puissent se rendre compte que s'il y a des chansons tristes
c'est pour qu'on sache à quel point nos vies sont agréables, sympathiques et loin de nos tourments quotidiens qui parfois nous mènent au suicide assez bêtement alors qu'il y a des gens qui ont de
vrais misères que je n'ai pas. C'est un peu un fantasme, la tristesse.
Mme Ranieri : Mais la mort te tourmente-t-elle ?
Ycare : Non c'est le temps qui passe. Le temps qui passe, c'est quelque chose qui m'obsède. Dans la loge il y avait une horloge qui faisait "tic, tac" donc je suis sorti. D'ailleurs je ne porte
pas de montre, je n'en mets que très rarement, c'est quelque chose qui me fait peur.
Dharvin : Pourquoi parles- tu souvent des femmes dans tes chansons ?
Ycare : C'est un fantasme comme le temps parce que je pense que je suis un éternel adolescent. Je pense que ça sera le titre de mon prochain disque qui sera totalement dédié à cette période
d'existence qu'est l'adolescence parce que je pense que je n'en ai pas eu. Comme je n'ai pas eu d'adolescence, toute cette période ou tu rêves d'être un homme que tu n'est pas encore tu fantasmes
ça et aujourd'hui c'est quelque chose qui est assouvi quelque part un peu repu car j'ai bientôt la trentaine et je me dis que cette période du rêve sans jamais être assouvi n'a jamais existé pour
moi, donc voilà pourquoi j'en parle ça me fait marrer.
Mélanie : Pourquoi as-tu choisi l'oxymore "Lumière Noire" pour le titre de ton dernier album ?
Ycare : Parce que c'est à l'image de toutes les chansons du deuxième disque pas rapport au premier qui était ton sur ton. Au bord du monde, il y a quelque chose de vraiment noir sur noir et c'est
des mots tristes, sur des mélodies tristes avec des instruments tristes, c'est à se foutre un balle et même les gens qui venaient en concert sortaient de là pas très bien et moi le premier, donc
j'ai dit au bout d'un moment j'en ai un peu ras-le-bol et j’ai voulu passer à autre chose. Mais je ne peux pas m'empêcher d'écrire des choses amères parce qu’au moment où j'écris, c'est quand je
ne me sens pas bien. Quand je suis heureux je suis trop occupé à profiter de mon bonheur pour penser à écrire une chanson. Il ne me reste donc que les moments de tristesses pour pouvoir m'isoler.
Et "Lumière Noire", parce que c'est l'opposition entre l'amertume des mots et cette espèce de déguisement et de cache-misère quand on écoute "Lap Dance", on se retrouve face à un échec amoureux,
à une personne de triste. Après chacun y voit ce qu'il veut dans ce titre mais à l'origine, c'est l'histoire de quelqu'un qui tombe amoureux d'une prostituée, une danseuse, une stripteaseuse
qu'il n'aura jamais et il en est triste.
Mélanie : Tu as un site internet qui est plutôt bien tenu. C'est toi qui le tiens ?
Ycare : Pour qu'il ne tombe pas dans l'oubli, j'ai dit à ma maison de disque de le faire comme si c'était un blog qui est relié à mon facebook et à chaque fois que je poste, comme je suis un gros
geek, c’est mis à jour sur le site… Donc oui je m'en occupe indirectement en postant sur différents réseaux sociaux annexes. Tout va dessus et lorsqu'il y a une vidéo à mettre un peu plus
officiellement, le mec de ma maison de disque s'en charge.
Dharvin : Les femmes dont tu parles dans tes chansons sont des personnes que tu as connues dans ta vie ?
Ycare : Je déteste mettre des noms dans mes chansons (rires). C'est juste que ça rend réel une chanson. Je trouve que la chanson atteint une dimension qu'on n’aurait jamais eue en la
gardant anonyme. Rajouter un prénom ramène les choses à la réalité. Certaine femmes ont vraiment existé et d'autre sont complètement fantasmagoriques et ne sont là juste pour la rime.
Mme Ranieri : Tu as déjà commencé à écrire ton prochain disque ?
Ycare : Je l'ai fini il y à 6 mois, mais je n'arrête pas d'écrire, donc je me dis à chaque fois : "celle-là est mieux que d'autres", donc j'en vire une, j'en rajoute une autre. Donc dans 6 mois
j'aurai un autre disque.
Mme Ranieri : Tu as déjà un contrat pour en sortir un l'année prochaine ?
Ycare : Je n’ai pas d'obligation. C'est même moi qui suis plus pressé qu'eux parce que je déteste les vacances. Cela fait quatre ans que ma vie ressemble à des vacances où je suis fatigué et
c'est ce que j'aime.
Mme Ranieri : Tu es boulimique de travail ?
Ycare : Je considère même pas ça comme travailler. J'ai une chance inouïe et incroyable et je ne pourrai jamais me plaindre même si ça n'a pas toujours était facile dans ce début de carrière avec
un premier envol difficile. Mais la barre a commencé à se redresser et les choses commencent à s'ouvrir. C'est donc le moment où il ne faut absolument pas se relâcher et où il faut redoubler de
travail. Je m'enferme de 19 h 00 – 20 h 00 seul à la maison à écrire.
Mme Ranieri : C'est que du plaisir ou il y a une tension ?
Ycare : Il y a de l'angoisse.
Mélanie : Tu as invité plusieurs artistes à la Cigale dont Joyce Jonathan et d’autres invités. Est-ce que ça a été une bonne expérience que tu voudrais réitérer ?
Ycare : Ce sont des gens avec qui je travaille, Tibz, Florent Mothe et Julien Dassin, c'est un groupe d'amis. Si on m’avait dit que qu'il y aurait Yodelice ou M, des gens que j'adore j'aurais été
content mais est-ce que ça se serait bien passé ? Est-ce qu'il y aurait eu le sourire qu'on a eu sur scène ? Donc voilà, il faut rester à sa place à un moment et moi je démarre et je fais partie
de cette génération entre 20 et 30 ans et je n'ai pas tellement d'ambition vis à vis de ma carrière. J'essaie juste qu'elle dure, je ne veux pas prendre trop de risques.
Mélanie : Qui est Zula avec qui tu as fait un duo ?
Ycare : C'est une danseuse du Crazy Horse avec qui j'avais fait un duo là-bas pour rigoler. C'est quelqu'un qui a beaucoup de talents et qui fait actuellement une tournée mondiale avec le groupe
"Nouvelle Vague".
Mme Ranieri : Est donc Zula, c'est son nom de scène ?
Ycare : Oui, en réalité elle s'appelle Delphine. On l'appelle Zula-Zazu, c'est une star là-bas, c'est la capitaire du Crazy Horse. Elle a dansé avec Dita Von Teese...
Mme Ranieri : Est-ce que tu as des collaborations de prévu ?
Ycare : Pour le moment non, mais si Francis Cabrel m'écrit une chanson je ne vais pas la refuser car c'est quelqu'un que j'idolâtre au vrais sens du terme.
Mme Ranieri : Ta musique est parfois électro et Cabrel c'est...
Ycare : Le prochain disque ne sera pas électro. Le prochain disque est vraiment un disque d’adolescent. J'espère que les adolescents ne m'en voudront pas mais il y aura des chansons très
joyeuses, un interlude musique et aussi des chansons à se foutre une balle dans la tête. Donc il y aura deux réalisateurs différents. Il y aura des chansons limites "cucu" et après à se foutre
une balle dans la tête car c'est ça l'adolescence, c'est ce que l'adulte ne sera plus jamais parce qu’une fois qu'on est grand, la vie, elle coule tout seule et on n’a plus de révolution, on ne
se pose plus de questions, on essaye juste de travailler pour un certain confort et dès lors qu'on a un premier enfant, on bascule et c'est terminé. L’existence entre dans une phase de déclin
jusqu'à 20/30 et ensuite le toboggan. Donc voilà l'adolescence, c'est l'âge mûr, c'est l'âge adulte conscient parce que quand on est adulte, c'est terminé. Je pense qu'on devient stupide quand on
est grand.
Mme Ranieri : Tu as été trader. Quand et comment as-tu décidé de tout arrêter ?
Ycare : Je revenais de mission de Johannesburg et ma cousine a eu la "lumière", cette idée bizarre de m'inscrire à la Nouvelle Star alors que moi je disais que c'était un programme de merde et je
n'avais jamais regardé à part une fois parce que ma grande sœur regardait. J'avais mon boulot, les cheveux courts, mon costard, ma petite moustache de vieux à 24 ans et hop j'ai disjoncté en
revenant de Johannesburg parce que j'ai pas eu un contrat, enfin je l’ai eu mais pas au prix que je voulais et ça m’a saoulé. Et j'ai vu ce mail où elle me dit "je t’ai inscrit" et je lui ai dit
"dégage je suis très bien où je suis, j'ai pas besoin de ça", et la veille du casting, je suis parti, j'ai appelé mon bureau pour leur dire que j'étais malade et comme un con j'ai fait 12 heures
de queue le 7 décembre 2007 sous la pluie de 9 heures du matin à 18 heures, et ma vie a changée là, parce que quand j'ai chanté devant ces types, je crois que j'ai jamais aussi bien chanté que ce
jour-là parce que je n'avais pas chanté depuis très longtemps et j'avais jamais chanté devant qui que ce soi à part ma famille et il s'est passé quelque chose. Quand je suis sorti de là, j'ai
appelé mon bureau pour leur dire que je démissionnais alors que je n’étais même pas pris.
Dharvin : Comment tu as vécu la fin de la Nouvelle Star ?
Ycare : Comme un plan à la Prison Break qui était prévu depuis le début parce que j'étais un peu le Joker de luxe, l'outsider depuis le début, on m'avais mis dans une boîte où "Il est fou". Et on
m’avait conditionné comme ça, c'était "t'est dans ta boîte ou bien tu dégages", où on fait tout pour que tu dégages, pour que les gens ne votent plus pour toi. Je me suis dit, tu dois rester dans
les cinq derniers pour qu'on se souvienne un peu de toi, que ton nom commence à exister et après tu déroules ton Prison Break qui était prévu avant la Nouvelle Star où je sais que je ne vais pas
gagner. Mais voilà j'ai juste déroulé et j'ai eu de la chance.
Mme Ranieri : C'est intéressant car en même temps ceux qui font une carrière après sont rarement ceux qui gagnent…
Ycare : Ça a l'air d'être une malédiction du gagnant, oui. Ce genre de programmes n’est utile que pour les personnes qui les font.